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Rudy Thomas Fatras et Patrice Demon, les procureurs de la morale publique face à leurs propres contradictions

Boston, Massachussetts
8 mai 2026

Dans l’Haïti d’aujourd’hui, où la population cherche désespérément des repères, certains acteurs médiatiques, politiques et sportifs se présentent comme les défenseurs de la vérité, de la transparence et de la bonne gouvernance. Parmi eux, Rudy Thomas Fatras et Patrice Demon occupent ces derniers temps une place importante dans le débat public.

Chaque semaine, Rudy Thomas Fatras, avide de popularité, détenteur par excellence, pourtant sans parcours académique et professionnel connu, multiplie les investives, les dénonciations, les révélations et les appels à des enquêtes. Plusieurs de ses démarches interessées, ciblées et populistes ont d’ailleurs attiré l’attention du public, notamment ses approches vindicatives et ses demandes d’enquêtes adressées à l’ULCC concernant la gestion de certaines personnes ayant dirigé des institutions publiques ou non, à la PNH, la DCPJ, la justice haïtienne contre des figures politiques qu’il n’aime pas et qu’il décrit comme ses ennemis politiques. Des pétitions initiées par lui, avec la complicité de Pierre Espérance et la RNDDH, ont recueilli parfois plusieurs milliers de signatures, démontrant sa capacité à mobiliser l’opinion publique.

D’un autre côté, Patrice Demon, toujours membre de l’équipe de la RNDDH, professeur de sciences sociales, fils de Léogâne, et ancien moniteur de sport chez les Frères de l’Instruction Chrétiennes, s’est longtemps présenté comme un beau discoureur, un militant de la transparence et de la lutte contre la corruption. Ancien sénateur, analyste politique sur mesure, personnalité médiatique versatile et face cachée du fameux mouvement « peyi-lok », il a souvent dénoncé des dérives de la classe politique et surtout des administrations Martelly et Moïse, en appelant à davantage de reddition de comptes.

Cependant, une question fondamentale mérite d’être posée : ces deux individus, appliquent-ils à eux-mêmes les mêmes standards qu’ils exigent des autres ?

Le débat ne porte pas sur leur droit de critiquer. Dans toute démocratie, la critique est nécessaire. Le véritable enjeu est celui de la cohérence. Lorsqu’une personnalité publique adopte le rôle de procureur permanent de la vie nationale, elle s’expose inévitablement à l’examen de son propre parcours et de ses oeuvres.

Dans le cas de Patrice Demon, plusieurs observateurs rappellent qu’il a lui-même évolué au sein de certaines structures politiques ayant participé à la gestion de la chose publique, pour quel résultat? Il est donc difficile de présenter l’histoire nationale comme une opposition entre les « bons » dénonciateurs et les « mauvais » dirigeants. Les responsabilités dans la crise haïtienne sont souvent plus complexes et plus partagées. Personne n’oublie ses excellents débats à l’émission Ranmase tous les samedis sur radio Caraïbes et, non plus, son médiocre passage au Parlement haitien. Que dire de ses épisodes de complots contre le président Dadou Jean-Bart à la Fédération Haitienne de Football ou a la Célèbre Nationale d’Haïti contre Pradel Henricaisse, ou encore de son silence à date concernant les fonds mobilisés pour l’une de ses promesses de campagne électorale liée à la construction d’un nouveau stade en Haïti, « Toup Pou Yo »? A ne pas négliger, son absence d’empathie et de compassion manifestement exprimée ces derniers jours envers Bellegarde vient de soulever la colère de la société, avec conséquences néfastes évidentes sur l’état psychologique de toute l’équipe nationale. Le dernier résultat de l’équipe nationale en témoigne.

Concernant Rudy Thomas Fatras, son style de communication suscite d’innombrables critiques. Ses partisans le voient comme un lanceur d’alerte courageux à l’image de John Colem Morvan, pourtant la majeure partie de la société l’accuse souvent de privilégier le sensationnalisme, le mensonge ou de porter orageusement des accusations avant que les institutions compétentes ne se prononcent. Une multitude de controverses médiatiques ont illustré cette polarisation autour de sa personne. Aussi paradoxalement que cela puisse paraître, il s’érige publiquement tous les jours et de façon assumée en défenseur zélé des anciens farouches opposants du feu Président Jovenel Moïse, lâchement et crapuleusement assassiné chez lui, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021.

Le problème fondamental d’Haïti n’est peut-être pas l’absence de dénonciateurs. Le pays regorge de commentateurs, d’analystes, d’influenceurs et de leaders d’opinion. Ce qui manque souvent, ce sont des résultats tangibles, des institutions fortes et une culture de responsabilité qui s’applique à tous et à toutes, sans exception.

Les Haïtiens sont fatigués des guerres de personnalités. Ils veulent des solutions. Ils veulent des dirigeants, des journalistes et des acteurs publics, matures, capables de proposer des alternatives crédibles plutôt que de se limiter à la dénonciation permanente sous fonds d’ambitions mesquines, de jalousie et de haine.

La véritable question n’est donc pas de savoir si Rudy Thomas Fatras ou Patrice Demon ont le droit de critiquer. Bien sûr qu’ils l’ont. La question est de savoir si ceux qui distribuent quotidiennement des leçons de morale sportive ou politique sont prêts à accepter le même niveau de « scrutiny », de transparence et de redevabilité qu’ils exigent des autres.

Dans une nation en crise, la crédibilité ne se construit pas seulement par les accusations lancées contre les adversaires ou prétendus ennemis. Elle se construit aussi par l’exemplarité, la cohérence, la sagesse, lucidité, le bon sens, la capacité à soumettre son propre parcours au jugement du public et l’acceptation d’ouvrir les lignes téléphoniques aux auditeurs, auditrices et internautes qui ont aussi droit à leur libre opinion sur les gardiens autoproclamés de la vertu publique.

Et c’est précisément là que commence le véritable débat qui verra accoucher la vraie démocratie et la nouvelle Haïti, tant souhaitées. Vive les outils mondiaux de communication, les réseaux sociaux!

Dr Harrisson Ernest
Ancien Directeur général de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH) –
Analyste des questions de gouvernance, de médias publics, de politiques institutionnelles – Analyste politique et commentateur sur les questions de sécurité et d’identité de la diaspora haïtienne – Présentateur de l’émission TRIBUNAL DU SOIR sur LAVI FM – Médecin, psychiatre, communicateur social et juriste, Recovey Coach

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