Par Dr Harrisson Ernest,
News letter HCP
3 juillet 2026
Boston, Massachussetts
Dans les périodes les plus difficiles de son histoire, Haïti a souvent démontré une remarquable capacité de résilience. Après les catastrophes naturelles, les crises politiques, les épisodes de violence ou les bouleversements économiques, ce ne sont pas uniquement les institutions qui ont permis à des familles de survivre. Ce sont aussi les voisins qui ont partagé leur nourriture, les enseignants qui ont poursuivi leur mission malgré le manque de moyens, les leaders religieux qui ont offert un soutien moral, les associations locales qui ont organisé des collectes, les médias et journalistes qui ont déclenché la mobilisation et facilité les canaux de connection, la diaspora qui rassenblait les ressources nécessaires jusqu’à les acheminer, les jeunes qui ont nettoyé les rues ou sécurisé leur quartier.
Cette réalité révèle une vérité essentielle : une nation ne se construit pas uniquement dans les palais nationaux ou les bureaux administratifs. Elle se construit également dans les quartiers, les villages, les écoles, les églises, les associations, les médias, la diaspora, les familles et partout où des citoyens décident de travailler ensemble pour le bien commun.
Pourtant, un paradoxe persiste. Beaucoup de communautés attendent encore qu’un acteur extérieur — l’État, une organisation internationale, un parti politique ou un bienfaiteur apporte les solutions à leurs problèmes. Cette attente est compréhensible dans un contexte où les ressources sont limitées et où les besoins sont immenses. Mais lorsqu’elle devient permanente, elle peut freiner l’initiative locale et affaiblir le sentiment de responsabilité collective.
L’engagement communautaire ne signifie pas que les citoyens doivent remplacer les pouvoirs publics. Les gouvernements demeurent responsables des politiques publiques, de la sécurité, de la justice, de l’éducation et des infrastructures. En revanche, les communautés possèdent un pouvoir qu’aucune institution ne peut exercer à leur place : celui de créer des liens de confiance, de mobiliser les talents locaux et d’agir collectivement sur les défis qu’elles peuvent effectivement influencer.
Une communauté engagée est une communauté qui refuse l’indifférence. Elle identifie ses problèmes, écoute toutes les voix, favorise la participation des jeunes, des femmes, des personnes âgées et des groupes souvent marginalisés. Elle transforme les critiques en propositions et les difficultés en occasions de coopération.
L’engagement communautaire produit des résultats concrets. Il favorise la prévention de la violence par le dialogue, encourage la réussite scolaire grâce au soutien des familles, améliore l’environnement par des initiatives locales, renforce la solidarité envers les personnes vulnérables et développe une culture de responsabilité partagée. Même lorsque les ressources financières sont modestes, une communauté organisée peut accomplir des réalisations significatives.
La diaspora haïtienne, telle que déjà signalée, dispose également d’un rôle majeur. Son apport ne devrait pas se limiter aux transferts de fonds, aussi essentiels soient-ils. Son expérience professionnelle, ses compétences, son mentorat, ses réseaux internationaux et son engagement civique peuvent contribuer à renforcer les capacités des communautés et des organisations locales. C’est exactement dans cette optique que HAITIANS FOR CIVICS AND PEACE CORP. (HCP) a été créé aux Etats-Unis le 1er janvier 2024 et légalisé à Massachusetts le 29 mai 2025.
Cependant, l’engagement communautaire ne peut prospérer sans leadership éthique. Les organisations communautaires doivent privilégier la transparence, la reddition de comptes, l’inclusion et le respect de la diversité des opinions. La confiance est un capital fragile : elle se construit lentement, mais peut se perdre rapidement lorsque les intérêts personnels prennent le pas sur l’intérêt collectif.
L’avenir d’Haïti dépendra en partie de la capacité de ses citoyens à conjuguer leurs efforts avec ceux des institutions publiques, du secteur privé, de la société civile et de la diaspora. Aucun acteur ne peut relever seul les défis du pays. En revanche, des communautés organisées, responsables et solidaires peuvent devenir des partenaires indispensables du développement national.
Le changement durable ne commence pas toujours par une grande réforme. Il commence souvent par une décision simple : celle d’un citoyen qui choisit de ne plus être spectateur, mais acteur de sa communauté.
L’engagement communautaire n’est pas un slogan. C’est une responsabilité. C’est une école de citoyenneté. C’est une force de cohésion sociale. Et, dans une société confrontée à tant de défis, c’est l’une des ressources les plus précieuses dont nous disposons pour bâtir un avenir plus juste, plus pacifique et plus solidaire.
Dr Harrisson Ernest
Directeur Exécutif HCP




