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Lettre ouverte à Yvenert Fosther Joseph, Candidat à la Présidence d’Haïti

Boston, 18 mai 2026

Mon cher ami Yvenert,

Il existe dans la vie des relations humaines qu’aucune turbulence politique ne peut totalement effacer. Malgré le bruit des réseaux sociaux, malgré les divisions, malgré les malentendus et malgré les époques difficiles, certaines mémoires demeurent intactes. Tu fais partie de ces mémoires importantes de mon parcours.

Je t’ai connu dans les années 2000, à la Secrétairerie d’État à la Jeunesse et aux Sports, à l’époque de l’opération 2006 avec Dady Lescouflair. C’était une période particulière, portée par une énergie collective, des ambitions et une jeunesse intellectuelle dynamique. Plusieurs noms me reviennent encore : Frantz Léandre, Yves Estinvil, Rousseau Otaris, Antoine Augustin, Olivier, Jeune et tant d’autres.

Quelques années plus tard, nos chemins se sont recroisés à Radio Caraïbes. C’est là que notre relation a pris une autre dimension. Malgré nos différences de personnalité et parfois certaines divergences de lecture politique, tu as toujours manifesté à mon égard une ouverture sincère et un respect réel.

Tu as été l’une des rares figures médiatiques connues du pays à suivre mon parcours avec attention. Tu corrigeais mes textes, tu me conseillais sur ma présence dans la presse, tu me donnais la parole dans des débats sociopolitiques et même dans des dossiers liés à la santé. Tu le faisais sans calcul, sans intérêt personnel, gratuitement, avec une certaine générosité intellectuelle devenue rare dans notre société.

Même lorsque les événements politiques du pays ont commencé à modifier les positionnements de plusieurs acteurs à partir de l’ère Martelly, nous avons gardé un minimum de dialogue et de respect mutuel. Je sentais parfois des évolutions dans tes positions, sans jamais vouloir transformer cela en affrontement personnel.

Et lorsque j’ai traversé certaines des périodes les plus sombres de ma vie publique — entre attaques politiques, isolement, complots, persécutions et campagnes de destruction — tu as été l’une des rares personnes à continuer à me regarder avec humanité.

Je n’oublierai jamais ce moment à Magloire Ambroise où tu as arrêté ton véhicule simplement pour me demander timidement de mes nouvelles. Tes regards parlaient davantage que les mots. J’y ai vu la peine, l’impuissance, mais aussi une forme de solidarité silencieuse.

Je n’oublierai pas non plus les invitations à RSF, ton ouverture à mes analyses en tant que psychiatre et spécialiste du comportement, ni la confiance que tu m’as accordée dans le processus d’évaluation des futurs employés de Radio Sans Fin. Cela témoignait de ton désir sincère de construire quelque chose de nouveau.

Avec le temps, malheureusement, les réalités politiques du pays sont devenues de plus en plus violentes et confuses. Les camps se mélangeaient. Les intérêts s’entrechoquaient. Les alliances devenaient parfois contradictoires. Dans cette période tumultueuse anti-Jovenel Moïse, j’ai vu beaucoup de personnes se perdre dans des réseaux d’influence, de radicalité, de discours toxiques et de stratégies de survie politique.

Je crois sincèrement que ton ouverture d’esprit et ton désir d’être un pont entre différents groupes t’ont progressivement conduit vers des espaces incompatibles entre eux. Peut-être pensais-tu pouvoir parler à tout le monde sans en payer le prix. Peut-être pensais-tu pouvoir demeurer au-dessus des conflits tout en restant présent partout.

Mais l’histoire haïtienne est souvent cruelle envers ceux qui tentent de naviguer simultanément entre des intérêts opposés.

Je t’avais averti formellement concernant certaines fréquentations et certaines dynamiques, notamment autour de Rudy Thomas Sanon. Malheureusement, mes inquiétudes n’ont pas été entendues. Aujourd’hui, les conséquences semblent lourdes et douloureuses pour toi.

Mais malgré tout, je ne me réjouis pas de tes difficultés actuelles. Absolument pas.

Parce qu’avant les polémiques, avant les réseaux sociaux et avant les affrontements publics, il y a une histoire humaine que je refuse d’effacer.

Tu as tes responsabilités dans cette situation, comme tout homme public confronté à ses propres choix. Mais cela n’efface ni tes qualités, ni les gestes de soutien que tu as eus envers moi, ni l’amitié sincère qui a existé entre nous.

Dans les périodes de tempête, beaucoup disparaissent. Beaucoup renient. Beaucoup trahissent. Moi, j’ai choisi de préserver la mémoire des moments vrais. En plus, dans toute société jouissant d’une bonne santé mentale, l’on n’abandonne pas la lumière au profit des ténèbres.

Je t’adresse donc cette lettre avec franchise, lucidité, tristesse parfois, mais aussi avec solidarité humaine.

Je souhaite sincèrement que tu retrouves la sérénité, la clarté et la hauteur nécessaires pour traverser cette période difficile.

Rendez-vous au sommet!

Avec respect et considération,

Dr Harrisson Ernest
Ancien Directeur général de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH) –
Analyste des questions de gouvernance, de médias publics, de politiques institutionnelles – Analyste politique et commentateur sur les questions de sécurité et d’identité de la diaspora haïtienne – Présentateur de l’émission TRIBUNAL DU SOIR sur LAVI FM – Médecin, psychiatre, communicateur social. Juriste, Coach en développement personnel, Recovery Coach

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