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Haïti : Élections ou sécurité, quelle est la priorité aujourd’hui ?

Par Dr Harrisson Ernest

4 Novembre 2025
Boston/Massachusetts

Alors que la communauté internationale presse Haïti d’organiser des élections, un dilemme persiste : comment parler de vote dans un pays où la sécurité reste un luxe ? Entre urgence démocratique et chaos sécuritaire, la société haïtienne se demande : faut-il d’abord élire ou protéger ?

Un pays piégé entre légitimité politique et survie quotidienne

Les discussions autour d’un éventuel calendrier électoral se multiplient. Les partisans du scrutin y voient une étape nécessaire pour rétablir la légitimité de l’État et relancer la vie institutionnelle.
Mais dans la réalité du quotidien, les enlèvements, la violence et le contrôle de plusieurs quartiers par des groupes armés rendent toute opération électorale presque impossible.
« Comment voter quand on ne peut même pas circuler ? », s’interroge un citoyen de Carrefour-Feuilles.

Organiser des élections dans un tel climat risquerait de produire un simulacre de démocratie, sans participation libre ni transparence. La légitimité née d’un scrutin faussé ne serait qu’un mirage.

Élections sans sécurité : le piège de la précipitation

Certains acteurs politiques misent sur un scrutin rapide pour sortir du vide institutionnel. Pourtant, un vote improvisé pourrait aggraver le désordre.
Les campagnes électorales attisent déjà des tensions locales ; les candidats eux-mêmes sont menacés, et les journalistes contraints au silence.
Un processus sans garanties minimales risquerait d’accroître la méfiance du public et d’enraciner la défiance envers l’État.

Sécurité et démocratie : deux piliers indissociables

Retarder les élections indéfiniment n’est pas non plus une solution. L’absence de perspectives politiques nourrit le découragement et le sentiment d’abandon.
Haïti doit donc articuler les deux priorités: renforcer la sécurité tout en préparant un processus électoral crédible et inclusif.

Concrètement, cela suppose :

de sécuriser les zones à risque avant toute ouverture de campagne ;

de protéger les journalistes, observateurs et électeurs ;

d’assainir le fichier électoral ;

et d’impliquer la société civile dans le suivi du processus.

Le rôle essentiel des médias et de la société civile

Les médias haïtiens, malgré la peur et la précarité, demeurent la voix des sans-voix. Ils alertent, vérifient, documentent.
Les soutenir revient à protéger la démocratie elle-même : il faut renforcer leur sécurité, encourager le journalisme d’investigation et garantir l’accès à l’information.
De même, les organisations citoyennes peuvent aider à surveiller les scrutins, apaiser les tensions et restaurer la confiance.

L’aide internationale entre soutien et respect

Les partenaires étrangers doivent accompagner sans imposer. Fixer des échéances électorales depuis l’extérieur reviendrait à répéter les erreurs du passé.
L’appui international doit viser la sécurité publique, la formation des forces de l’ordre, la justice indépendante et la logistique électorale, tout en respectant le leadership haïtien.
Une transition réussie exige un rythme haïtien, non une pression diplomatique.

Pour une démocratie sans peur

Haïti ne doit pas choisir entre sécurité et élections : elle doit bâtir l’une pour rendre possible l’autre.
La démocratie ne se réduit pas à un bulletin de vote, mais à la capacité d’un peuple à décider sans crainte.
Pour que le scrutin de demain ait un sens, il faut aujourd’hui garantir la vie, la parole et la vérité.

Dr Harrisson Ernest
Médecin, Psychiatre, Communicateur Social et Juriste
📧 harrisson2ernest@gmail.com 📞 ‪+1 781 885 4918‬ / ‪+509 3401 6837‬

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