Par Dr Harrisson Ernest,
Boston, Massachussetts
25 juin 2026
À l’issue de l’élimination de la sélection haïtienne de football, dès le premier tour lors de la Coupe du monde 2026, plusieurs voix médiatiques, notamment celles de Johnny Ferdinand et Ronald Deshommes de la Radio Television Caraibes (RTVC), ont affirmé que « Haïti est sortie la tête haute ».
Cette déclaration, reprise avec conviction, mérite pourtant une réflexion plus profonde.
Car les mots ne sont jamais neutres.
Les faits, eux, sont simples et clairs :
- Trois matchs
- Trois défaites
- Zéro point
- Une élimination dès le premier tour
Aucun journaliste sérieux ne peut contester cette réalité.
Pourquoi alors affirmer que la sélection est sortie « la tête haute » ?
Certes, Haïti n’a jamais abandonné.
Les Grenadiers ont livré une prestation courageuse contre le Maroc, ouvrant même le score, puis a inscrit un deuxième but. Les joueurs se sont battus jusqu’au coup de sifflet final et ont montré des qualités techniques et mentales prometteuses.
Mais ces éléments suffisent-ils à conclure que l’équipe sort « la tête haute » ?
Quel sens donne-t-on sens à cette expression?
Si elle signifie que les joueurs ont défendu avec dignité les couleurs nationales, alors oui, cette lecture peut être recevable, dans une certaine mesure.
Mais lorsque cette formule est utilisée seule, sans aucune nuance, elle produit un effet pervers beaucoup plus préoccupant.
Elle tend à transformer subtilement un échec sportif en satisfaction morale.
Elle remplace l’analyse par l’émotion.
Elle adoucit une réalité malheureuse qui devrait au contraire susciter une profonde remise en question.
C’est ici que réside le véritable problème.
Depuis plusieurs décennies, Haïti développe, dans plusieurs domaines, une inquiétante culture de la consolation, de de la célébration de ses malheurs.
Nous valorisons souvent l’effort davantage que le résultat.
Nous célébrons les intentions plus que les accomplissements.
Nous trouvons des motifs de satisfaction dans les défaites plutôt que des raisons d’exiger davantage.
Le sport de haut niveau fonctionne pourtant selon une logique différente.
Le courage est indispensable, mais il ne remportera jamais la victoire.
L’engagement est admirable, mais il ne remplace jamais les points.
La dignité est essentielle, mais elle ne remplace jamais les qualifications.
Le rôle des journalistes n’est pas seulement d’encourager une équipe nationale, Iil est aussi d’aider un peuple à regarder lucidement sa réalité.
Encourager ne signifie pas embellir.
Soutenir ne signifie pas édulcorer.
Informer ne signifie pas réconforter à tout prix.
Une presse responsable, de la trempe de RTVC, doit être capable de dire simultanément deux vérités.
Oui, cette équipe a montré du caractère.
Oui, cette équipe a donné des raisons d’espérer.
Mais oui aussi, cette campagne mondiale demeure un échec sportif.
Reconnaître cet échec n’enlève rien au mérite des joueurs.
Au contraire, c’est le premier pas vers l’excellence.
Car une nation qui refuse de nommer ses échecs finit toujours par s’y habituer.
Johnny Ferdinand, Ronald Deshommes, sachez que lorsqu’un peuple s’habitue à perdre « la tête haute », il risque d’oublier qu’une Coupe du monde ne récompense ni les intentions, ni les efforts, mais les résultats.
De toute façon, la véritable question n’est donc pas de savoir si Haïti est sortie la tête haute.
La véritable question est de savoir si cette formule nous aide réellement à progresser… ou si elle nous empêche, une fois de plus, de regarder la réalité en face.
Dr Harrisson Ernest
Ancien Directeur général de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH) –
Analyste des questions de gouvernance, de médias publics, de politiques institutionnelles – Analyste politique et commentateur sur les questions de sécurité et d’identité de la diaspora haïtienne – Ancien présentateur de l’émission TRIBUNAL DU SOIR – Médecin, psychiatre, communicateur social et juriste, Recovey Coach


