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Patrick Moussignac refuse de diriger l’ANMH :

ce qu’il a compris… et que la société haïtienne refuse encore de voir

Patrick Moussignac, PDG de Radio Télévision Caraïbes, refuse jusqu’à aujourd’hui de prendre la tête de l’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH).
Le fait intrigue, dérange, fait parler.
Mais il mérite mieux qu’un commentaire mondain : il mérite une lecture politique et sociale.

Car ce refus n’est ni de la modestie, ni un calcul personnel, ni un caprice d’homme influent.
C’est un diagnostic lucide sur l’état du pays, des médias et de leurs illusions.

Il a compris que l’ANMH est devenue un poste à haut risque… et à faible impact

Diriger l’ANMH en 2025, ce n’est plus exercer un leadership.
C’est accepter d’être le fusible officiel d’un secteur en ruines.

On attend du président qu’il protège les journalistes, alors que l’État ne protège même plus ses commissariats.
Qu’il impose l’éthique, alors que la rumeur est devenue un produit rentable.
Qu’il fasse autorité, alors que l’autorité elle-même s’est évaporée.

Patrick Moussignac sait qu’on lui demanderait des miracles, sans jamais lui donner les moyens.

Il a compris que la société haïtienne veut des médias sérieux… mais consomme l’irresponsabilité

La société réclame une presse professionnelle, équilibrée, responsable.
Mais elle récompense :

  • le scandale plutôt que l’enquête,
  • le cri plutôt que l’analyse,
  • l’opinion violente plutôt que le fait vérifié.

Les émissions les plus toxiques sont souvent les plus écoutées.
Les contenus les plus douteux sont les plus partagés.
Et ce sont ces mêmes citoyens qui, ensuite, accusent les médias d’avoir perdu toute crédibilité.

Moussignac a compris cette hypocrisie collective.

Il a compris que l’ANMH n’a plus la main sur le récit national

Aujourd’hui, l’information ne se fabrique plus seulement dans les salles de rédaction.
Elle circule sur Facebook Live, TikTok, WhatsApp, YouTube — sans filtre, sans règle, sans responsabilité.

L’ANMH représente une presse structurée… dans un écosystème qui ne l’est plus.
Diriger l’association, c’est tenter d’imposer des normes dans un espace qui ne reconnaît plus l’idée même de norme.

C’est diriger un orchestre… alors que chacun joue pour soi, sans partition.

Il a compris qu’accepter serait cautionner l’illusion

En acceptant la présidence, Moussignac deviendrait le visage d’une promesse impossible :
celle de croire qu’un changement de tête peut réparer un effondrement systémique.

Or le problème n’est pas l’ANMH seule.
Le problème, c’est :

  • un État absent,
  • une économie médiatique asphyxiée,
  • une insécurité généralisée,
  • une société accrochée au spectacle permanent.

Accepter, ce serait faire semblant que le problème est gérable.
Refuser, c’est refuser le mensonge.

Ce que Moussignac a compris… et que le pays tarde à admettre

Il a compris que :

  • la liberté de la presse ne se décrète pas par communiqué ;
  • l’éthique ne survit pas sans sanctions ;
  • l’autorité ne s’exerce pas sans légitimité collective ;
  • et qu’aucune association ne peut sauver un secteur que la société elle-même sabote.

Son refus est donc un message.
Un avertissement.
Presque un acte politique.

La vraie question n’est pas “Pourquoi Moussignac refuse ?”

La vraie question est :
Pourquoi continuons-nous à croire que quelqu’un pourrait réussir là où tout l’écosystème échoue ?

Patrick Moussignac a compris que diriger l’ANMH aujourd’hui, ce n’est pas gouverner.
C’est endosser la responsabilité d’un naufrage annoncé.

Et tant que la société haïtienne refusera de regarder cette vérité en face,
elle continuera à chercher des présidents…
au lieu de chercher des solutions.

Dr Harrisson Ernest
Analyste politique et commentateur sur les questions de gouvernance, de sécurité
et d’identité de la diaspora haïtienne
Médecin, psychiatre, communicateur social et juriste
📧 harrisson2ernest@gmail.com
📞 ‪+1 781 885 4918‬ | ‪+509 3401 6837‬

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