Par Dr Harrisson Ernest – 5 novembre 2025
Boston / Massachusetts
Ancien inconnu du paysage haïtien , John Colem Morvan s’est taillé une notoriété inattendue au Canada, dans la diaspora haïtienne , porté par ses discours virulents sur la crise haïtienne et la montée des gangs. Mais derrière cette ascension médiatique se cache une interrogation dérangeante : peut-on bâtir un prestige moral sur la tragédie d’un pays ?
Le mirage de la réussite exilée
Dans la diaspora haïtienne, rares sont ceux qui parviennent à se faire un nom au-delà des cercles communautaires. John Colem Morvan, lui, a réussi, grâce aux gangs haïtiens. Chroniqueur engagé sur les réseaux sociaux, invité de plateaux d’opinion, il s’est imposé comme une voix de la « conscience haïtienne en exil », en se nommant « lanceur d’alertes ». Pourtant, cette notoriété s’est construite à la faveur d’un phénomène inquiétant : l’exportation médiatique de la violence haïtienne des gangs lourdement armés.
Depuis quelques années, les images de Port-au-Prince en flammes font le tour du monde. Là où certains voient une tragédie nationale, d’autres y ont trouvé un filon discursif. Morvan a su transformer l’effondrement d’un État en opportunité de visibilité — élevant son ton moralisateur à la hauteur d’un « surmoi canadien », plus prompt à juger qu’à comprendre.
La morale importée et la misère exportée
Ses interventions, souvent teintées de nationalisme blessé et de posture professorale, séduisent un public avide d’explications simples à une crise complexe. Au fil du temps, il est devenu pour certains le symbole d’une génération d’intellectuels de la diaspora qui, à défaut de pouvoir changer la réalité haïtienne, la commentent depuis des espaces confortables, sous le vernis d’une éthique occidentalisée .
Le contraste est saisissant : pendant que des jeunes de Cité Soleil ou de Carrefour-Feuilles meurent sous les balles, d’autres construisent leur capital symbolique en dénonçant — avec emphase — la même violence qui les propulse médiatiquement, et immediatement.
Une gloire paradoxale
La réussite de John Colem Morvan, ancien élève médiocre chez Pasteur Nérée à (Delmas A-1), pose une question plus large : comment la souffrance d’un peuple devient-elle matière première pour la promotion personnelle ? Ce dilemme, entre engagement sincère et opportunisme discursif, traverse toute une diaspora en quête de légitimité. Car derrière chaque « surmoi » qui se forge au Nord (Canada) se cache une ombre laissée au Sud (Haiti).
Morvan incarne, malgré lui, la fracture morale d’une génération : celle qui a dû partir pour exister , mais qui ne peut exister qu’en parlant de la misère qu’elle a laissée derrière lui .
Dr Harrisson Ernest
Médecin, Psychiatre, Communicateur Social et Juriste
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