Home / Haiti / Société / Haïti – RTNH : Plus de dix ans après l’échec du lynchage médiatique contre Dr Harrisson Ernest, la mémoire d’un épisode clé de la déstabilisation de l’ère Martelly-Lamothe

Haïti – RTNH : Plus de dix ans après l’échec du lynchage médiatique contre Dr Harrisson Ernest, la mémoire d’un épisode clé de la déstabilisation de l’ère Martelly-Lamothe

Par la rédaction de LAVI FM – 26 janvier 2026

Plus de dix ans se sont écoulés depuis l’un des épisodes les plus controversés de la relation entre médias privés et pouvoir public en Haïti. Un épisode que certains préféreraient voir relégué aux oubliettes, mais dont les implications politiques, institutionnelles et éthiques continuent de hanter le débat public. Il s’agit de ce que de nombreux observateurs qualifient de lynchage médiatique orchestré contre le Dr Harrisson Ernest, cadre influent de l’appareil public, dans un contexte de forte tension autour de l’administration Martelly-Lamothe.

Un climat politique explosif

Nous sommes au début des années 2010. L’administration Martelly-Lamothe tentait de s’imposer dans un environnement marqué par une opposition fragmentée mais virulente, une société civile sous pression et des médias devenus, pour certains, de véritables acteurs politiques. À cette époque, chaque décision gouvernementale était scrutée, amplifiée, très souvent déformée.

C’est dans ce climat que le nom du Dr Harrisson Ernest ( un cerveau, un stratatège, un brillant et tranchant communicateur engendrant la peur chez les magouilleurs et corrompus) s’est retrouvé brutalement projeté au cœur d’une tempête médiatique d’une rare violence. Pendant des semaines, voire plusieurs mois, certaines stations de radio parmi les plus influentes du pays — Caraïbes, Kiskeya, Ibo, Zenith — diffusaient de manière répétitive des accusations, des insinuations et des commentaires à charge, sans que le principe fondamental de l’équilibre de l’information ne soit respecté.

Du journalisme à l’acharnement

Au-delà du droit légitime d’informer et de questionner l’action publique, la couverture médiatique de l’époque soulève finalement aujourd’hui de sérieuses interrogations :

  • Absence de contradictoire
  • Usage systématique du conditionnel accusateur
  • Confusion volontaire entre faits établis et opinions

Pour de nombreux analystes, il ne s’agissait plus de journalisme critique, mais bien d’un processus de disqualification morale et professionnelle, visant à atteindre la dignité d’un homme de valeur pour affaiblir, par ricochet, l’administration Martelly-Lamothe déjà fragilisée.

Le Dr Harrisson Ernest, boycotté systématiquement, l’empêchant tout droit de réponse ou toute possibilité de se défendre dans les mêmes espaces et aux mêmes heures de grande écoute, devenait alors un symbole : celui d’un responsable public livré à la vindicte médiatique, sans procès, sans preuve formelle, sans recours immédiat. Ces médias de l’époque se sont donc érigés en un véritable gang médiatique pour mener leur forfait et faciliter l’instauration de cette pratique de nivellement par le bas dans le quotidien de la presse haïtienne. Plus de dix ans après, Caraïbes, Kiskeya, Ibo et Zenith ont fait école; et le déclin a tellement pris une proportion de décéleration que l’ANMH est passée de Oreste Morin à Rudy Thomas Sanon. Vous aurez bien compris dans quel contexte l’on est arrivé à l’Haïti d’aujourd’hui !

Un échec aux conséquences durables

Avec du recul, force est de constater que cette entreprise de démolition médiatique n’a pas réellement produit les effets politiques escomptés sur la personne du Docteur Harrisson Ernest. Ni les accusations n’ont été juridiquement établies, ni l’administration Martelly-Lamothe n’a véritablement vacillé sous ce coup précis. Même-ci, ces complots de l’époque ont précipité le départ de Dr Harrisson Ernest de la RTNH le 26 janvier 2015, à côté d’une dizaine de Ministres et de Directeurs Généraux écartés également de l’administration Martelly-Lamothe dans la soirée de cette même date. Le temps, souvent juge silencieux mais implacable, a fini par exposer les failles de ces offensives médiatiques qui visaient aussi la destruction des médias d’Etat en plein chantier de restructuration à l’époque, avec d’énormes conséquences sur les dix dernières années et le pays en général.

Cependant, l’échec du lynchage ne signifie pas l’absence de dégâts: réputation entachée, pression psychologique, atteinte à l’image publique; les cicatrices, elles, demeurent. Plus grave encore, cet épisode a contribué à banaliser une pratique dangereuse : celle de la condamnation médiatique sans responsabilité.

La question de la mémoire et de la responsabilité

Dix ans plus tard, une question fondamentale se pose : l’histoire peut-elle être effacée par le silence ?
Peut-on prétendre à une démocratie fonctionnelle lorsque des médias, forts de leur audience, refusent toute introspection sur leurs dérives passées ?

Ce cas illustre un problème structurel en Haïti : l’absence de mécanismes efficaces de régulation éthique des médias, et la difficulté, pour les victimes de campagnes de dénigrement, d’obtenir réparation symbolique ou morale.

Un cas d’école pour l’avenir

Loin d’être une querelle personnelle ou un règlement de comptes tardif, le dossier Harrisson Ernest constitue aujourd’hui un cas d’école. Il interroge :

  • le rôle réel des médias dans les crises politiques,
  • la frontière entre information et militantisme,
  • l’utilité de l’ANMH
  • et la nécessité d’une mémoire critique pour éviter la répétition des mêmes abus et bêtises.

Car une société qui oublie ses dérives se condamne à les reproduire. D’où la plongée totale de la société haïtienne dans une spirale de violences en réponse au silence, à la stigmatisation, aux discriminations et aux mensonges montés de toutes pièces dont sont victimes beaucoup d »haitiens et d’haitiennes.

Plus de dix ans après, revisiter cet épisode n’est ni un caprice ni une revanche. C’est un exercice de vérité historique qui permet de comprendre le rôle de certains médias haïtiens dans la dynamique effrénée d’atteinte frontale à la dignité d’honnêtes citoyens et citoyennes, et également dans la destruction de notre Haïti chérie. La démocratie haïtienne ne sortira renforcée que lorsqu’elle acceptera de regarder en face ses zones d’ombre — y compris celles projetées par ses propres médias entièrement plongés dans la corruption qu’ils prétendent combattre.

L’histoire, elle, ne se gomme jamais complètement. Elle attend simplement le moment opportun où l’on ose la relire avec lucidité pour fouetter la conscience de plus d’un et accorder justice symbolique aux victimes, à l’administration publique et notamment à la patrie commune.

La Redaction de LAVI FM

Répondre

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *