Le cas “Mario Andrésol – Jimmy Cherisier inventé” et les dérives d’une culture de la suspicion instaurée par Pierre Espérance**
Par Harrisson Ernest — Massachusetts 6 janvier 2026
Dans le paysage public haïtien, déjà marqué par la crise institutionnelle, l’insécurité et la méfiance généralisée, une tendance préoccupante semble s’installer délibérément, avec exagération et de façon intéressée : celle d’un débat construit non plus sur la preuve et la rigueur, mais sur l’insinuation, la suggestion accusatoire et le soupçon permanent. Cette dynamique contribue à alimenter la polarisation, à fragiliser la confiance citoyenne et à dégrader la qualité de la vie démocratique.
Le débat récurrent autour du “cas insinué entre Mario Andrésol et Jimmy Cherisier inventé” s’inscrit dans ce climat. Pour de nombreux observateurs et critiques, ce type d’association discursive illustre une culture de la suspicion, dans laquelle des individus sont publiquement rapprochés de situations ou d’acteurs controversés sans démonstration factuelle pleinement établie, mais à travers des narratifs interprétatifs ou suggestifs.
C’est dans ce cadre que certaines critiques pointent la responsabilité d’acteurs militants ou médiatiques — parmi lesquels le nom de Pierre Espérance est régulièrement évoqué — en leur reprochant d’alimenter, volontairement ou non, une pratique de dénonciation publique perçue comme approximative ou insuffisamment documentée.
Cette lecture, qu’elle soit partagée ou contestée, soulève une question essentielle : jusqu’où peut-on mobiliser l’accusation publique sans risquer de transformer la vigilance citoyenne en mécanique de suspicion ?
Quand l’allusion se substitue à la démonstration
Dans un État fragile, la parole publique a un poids particulier. Une phrase, une interprétation, un rapprochement symbolique peuvent suffire à exposer une personne à la stigmatisation, au doute ou au discrédit social.
Or, lorsque l’on s’éloigne du terrain de la preuve, le débat cesse d’éclairer :
il désoriente, fracture et entretient la méfiance. La dénonciation perd alors sa fonction éthique et civique pour devenir un instrument de pression morale, sociale ou assez souvent carrément politique, parfois déconnecté des exigences de vérification.
Cela n’exonère évidemment pas les élites, responsables politiques ou acteurs sécuritaires de l’examen critique nécessaire. Mais cet examen ne peut se confondre avec la logique du soupçon permanent.
L’exigence morale de la rigueur
Dans un pays en quête de stabilité et de repères institutionnels, la crédibilité de la parole citoyenne et militante repose sur quatre piliers :
- la hiérarchie des faits,
- la vérification indépendante,
- la distinction entre hypothèse et information,
- et la responsabilité éthique des accusations publiques.
Une société ne se renforce pas en multipliant les procès insinués — elle se renforce en consolidant la culture de la preuve.
Pour un débat public qui libère au lieu d’empoisonner
Haïti mérite un espace public qui éclaire, qui construit, qui responsabilise.
La lutte pour la vérité et la justice ne peut s’appuyer sur la rumeur, l’allusion ou la suspicion réflexe. Elle doit s’appuyer sur la précision, la cohérence et la transparence argumentative.
Rompre avec la culture du soupçon n’est pas un geste de complaisance :
c’est une condition de maturité démocratique.
Dans un pays déjà fragilisé, le débat public ne doit pas devenir un champ d’insinuations corrosives — il doit redevenir un lieu de vérité, de courage intellectuel et de probité citoyenne.
Dr Harrisson Ernest
Ancien Directeur général de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH)
Analyste des questions de gouvernance, de médias publics, de politiques institutionnelles – Analyste politique et commentateur sur les questions de sécurité et d’identité de la diaspora haïtienne – Médecin, psychiatre, communicateur social et juriste
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