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Haïti ou République d’hypocrisies : l’année 2025 fermera-t-elle définitivement la porte aux mensonges — et partira-t-elle avec les clés ?

Par Dr Harrisson Ernest
8 Décembre 2025

La question a le tranchant d’une sentence. Elle surgit après onze mois d’un pays en apnée, oscillant entre illusions entretenues, vérités étouffées et mensonges devenus pratiques politiques. À mesure que 2025 s’éteint, elle laisse derrière elle une sensation persistante : Haïti ressemble moins à une République fragile qu’à une République d’hypocrisies, où chaque acteur du jeu collectif entretient un récit qui ne tient debout que si l’on accepte de ne jamais regarder la réalité de face.

L’année n’a offert ni sursaut, ni transformation, ni miracle tardif. Elle a plutôt mis en lumière les contradictions qui minent l’État, la société et même la manière dont Haïti se pense elle-même. 2025 n’a pas apporté de réponses, mais elle a retiré les derniers rideaux. Les hypocrisies ne sont plus dissimulées : elles sont devenues publiques, revendiquées, routinières.

Un État qui promet des ruptures qu’il ne peut pas assumer

L’État haïtien — ou ce qu’il en reste — va traverser 2025 comme un acteur qui joue un rôle dont il n’a ni le texte ni les moyens. Le Conseil présidentiel de transition et le gouvernement ont multiplié les déclarations d’intention : réforme constitutionnelle, refondation de la sécurité, réorganisation de la justice, relance économique, réalisation d’élections démocratiques. Le peuple, lui, a entendu ces promesses aussi souvent qu’il a vu les gouvernements successifs échouer à les concrétiser.

Le véritable mensonge n’est pas dans les promesses : il est dans la mise en scène. L’illusion que l’on peut gérer l’effondrement comme une simple parenthèse, qu’il suffit d’une conférence de presse, d’un communiqué ou d’un appui international pour fabriquer de la stabilité. Le pays n’est pas en pause ; il est en fragmentation.

En 2025, l’État a parfois parlé comme une puissance, alors qu’il agissait comme une ONG affaiblie.
La société a parfois fait semblant d’y croire, faute d’autre récit disponible.

Des partis politiques spectres, mais toujours là pour les caméras

Haïti possède officiellement des centaines de partis politiques. En pratique, peu d’entre eux existent autrement que comme des structures familiales, des incubateurs d’ambitions personnelles ou des façades pour négocier avec le pouvoir de transition et l’international.

2025 a rendu cette hypocrisie impossible à masquer.
Les mêmes formations qui dénoncent la faiblesse de l’État sont incapables d’organiser un congrès, de formuler un programme, ou même d’exister en dehors des périodes de transition.
Les mêmes leaders qui parlent de démocratie se concentrent sur les postes, pas sur les idéaux.

Le plus grand mensonge de la classe politique haïtienne est peut-être celui-ci : faire croire qu’elle attend des élections, alors que beaucoup craignent profondément ce qu’un vrai vote libre révélerait.

Des élites économiques entre dénonciation et complicité

Le secteur privé, pilier traditionnel de l’économie haïtienne, a passé 2025 à dénoncer l’insécurité, la contrebande, l’informel. Pourtant, nombre de fortunes locales se sont construites précisément sur ces mécanismes. Les zones de non-droit profitent autant à certains pans du secteur commercial qu’elles détruisent la classe moyenne.

L’hypocrisie est double :

Les entrepreneurs réclament un État fort, mais refusent d’assumer les ruptures qui rendraient cet État possible.

Ils condamnent la corruption, mais participent souvent à son architecture.

Le pays s’étouffe dans des contradictions économiques où chacun veut le changement, mais personne ne veut en payer le prix.

Une communauté internationale qui prêche la souveraineté… tout en tirant les ficelles

S’il est un théâtre où la dissonance est flagrante, c’est celui des relations internationales. En 2025, les partenaires externes d’Haïti ont multiplié les appels à la souveraineté haïtienne, à la prise de responsabilité nationale, à l’appropriation des solutions. Mais ces appels cohabitent avec un pilotage serré de la transition, des pressions diplomatiques et des interventions directes dans les choix politiques.

Haïti vit dans une dépendance paradoxale :

l’international demande au pays d’être adulte,

tout en lui tenant la main à chaque étape.

L’hypocrisie locale consiste à dénoncer ces ingérences devant les caméras, puis à quémander de l’aide derrière des portes closes. Celle de la communauté internationale, à parler de démocratie tout en composant avec n’importe quel arrangement qui garantit la “stabilité”.

Des médias qui commentent le naufrage en y participant

Le rôle des médias, autrefois sismographes de la vie nationale, a glissé vers une participation active à la confusion générale. 2025 a vu se multiplier les polémiques fabriquées, les attaques personnelles déguisées en analyses, les alignements partisans masqués sous des habits de neutralité.

Dans une République d’hypocrisies, les médias deviennent parfois l’écho de la désinformation qu’ils prétendent combattre. La frontière entre information et spectacle s’est estompée, accélérant la dégradation de l’espace public.

Une société qui réclame de l’ordre tout en glorifiant la transgression

Il serait trop facile d’accuser les seules élites. La société haïtienne elle-même porte une part du mensonge. En 2025, on a vu un pays qui aspire à l’ordre mais qui applaudit la débrouillardise illégale ; qui demande la fin de la violence mais célèbre les figures qui défient l’État ; qui veut des lois mais admire ceux qui les contournent.

Cette contradiction est le cœur du drame haïtien : l’État est faible parce que la société l’a déserté ; la société le déserte parce que l’État est faible.

2025, l’année où une grande partie de la population ne croit plus aux mensonges

L’ironie de 2025 est là :
Les mensonges continuent, mais ils ne fonctionnent plus.

  • Les discours politiques ne convainquent plus personne.
  • Les récits diplomatiques ne rassurent plus.
  • Les appels à l’unité de la classe politique sonnent creux.
  • Les analyses médiatiques ( John Colem Morvan, Assad Volcy, Theriel Telus, Rudy Thomas Sanon… ) manquent de poids.
  • Les fausses promesses économiques de Laurent Saint-Cyr et Alix Didier Fils-Aimé n’ont plus d’acheteurs.

Un pays peut survivre à la pauvreté, à la violence, aux catastrophes naturelles.
Il survit difficilement au moment où personne ne croit plus à ce que tout le monde prétend croire.

2025 n’aura pas fermé la porte aux mensonges.
Elle aura simplement montré que la porte n’existe plus.

Alors, l’année partira-t-elle avec les clés ?

C’est la métaphore qui intrigue : si 2025 part avec les clés, alors plus personne ne pourra rouvrir le vieux placard des illusions. Le pays devra choisir entre deux voies :

1- Défoncer la porte avant le 7 février 2026 : accepter la rupture, même brutale ; renoncer aux sédiments politiques du passé ; admettre que la transition doit être une transformation, pas une mise en scène.

2- Rebâtir la maison à partir du 7 février 2026 : reconstruire un contrat social à partir de l’organisation d’une conférence nationale haïtienne et souveraine, définir ce que doit être un État haïtien moderne, réhabiliter la vérité comme base minimale du débat public.

Les deux options demandent du courage, de la cohérence et une part d’audace que le pays a trop longtemps repoussée.

2025 ne sera peut-être pas l’année où Haïti ferme enfin la porte aux mensonges .
Mais c’est l’année où le pays a cessé d’y croire. Tout au moins, elle construit le premier pas vers une reconstruction authentique, fort heureusement prônée et véritablement proposée dans l’ouvrage du professeur Amary Joseph Noel, titré « CONFÉRENCE NATIONALE POUR TOUS », et achevé d’imprimer sur les presses de Média – Texte en mai 2025.

— Dr Harrisson Ernest,
Analyste politique et commentateur sur la gouvernance, la sécurité et l’identité de la diaspora haïtienne _ Spécialiste des questions politiques haïtiennes _
Médecin, psychiatre, communicateur social et juriste
harrisson2ernest@gmail.com +1 781 885 4918 / +509 3401 6837

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