Par Dr Harrisson Ernest – 11 février 2026
Depuis le 7 février 2026, Haïti ne vit plus une transition.
Elle vit une imposture politique soigneusement maquillée par des arguments juridiques bancals, brandis aussi bien par une partie du secteur des affaires que par la communauté internationale, soucieuse de préserver une stabilité de façade au prix de la légalité, de la morale et de la souveraineté du peuple haïtien.
Deux textes sont aujourd’hui utilisés comme alibis juridiques pour justifier l’injustifiable :
l’article 149 de la Constitution de 1987 amendée et l’article 28.1 de l’Accord politique du 3 avril 2024.
Aucun des deux ne tient.
Et persister à les invoquer relève soit de l’ignorance, soit de la mauvaise foi, soit d’un cynisme politique assumé.
Le 7 février 2026 : une fin de mandat, pas un empêchement, pas un dysfonctionnement
Il faut commencer par rétablir une vérité simple :
le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) est arrivé à la fin de son mandat le 7 février 2026.
Le CPT n’a jamais été une présidence constitutionnelle.
Il a été une création politique exceptionnelle, issue de l’Accord du 3 avril 2024, avec :
- un mandat limité dans le temps (7 février 2026),
- des missions clairement définies : sécurité, apaisement social, élections.
Aucune de ces missions n’a été remplie.
La violence armée s’est aggravée.
La misère sociale s’est approfondie.
Les élections n’ont jamais vu le jour.
Nous ne sommes donc pas face à un empêchement, mais face à un échec total doublé d’une fin de mandat.
L’article 149 : une manipulation constitutionnelle grossière
L’article 149 de la Constitution haïtienne de 1987 amendée traite d’un cas précis :
l’empêchement du Président de la République élu.
Or :
le CPT n’est pas un président,
le CPT n’est pas élu,
le CPT n’est pas une institution constitutionnelle permanente.
Assimiler la situation post–7 février 2026 à un empêchement présidentiel est une fraude intellectuelle.
L’article 149 ne peut être invoqué pour :
- prolonger un pouvoir transitoire arrivé à expiration,
- ni pour légaliser un gouvernement issu d’un organe devenu caduc.
Ce raisonnement est juridiquement vide, mais politiquement utile pour ceux qui veulent gagner du temps, protéger des intérêts économiques et éviter une remise à plat du système.
L’article 28.1 de l’Accord du 3 avril 2024 : un écran de fumée
L’autre subterfuge consiste à invoquer l’article 28.1 de l’Accord du 3 avril 2024, selon lequel, en cas de dysfonctionnement du CPT, le Premier ministre et son gouvernement assureraient la continuité.
Mais là encore, le raisonnement s’effondre.
Un dysfonctionnement survient pendant l’exécution d’un mandat, pas après son expiration.
Or, le 7 février 2026 a marqué la fin du mandat du CPT, non une difficulté passagère dans son fonctionnement.
Après cette date :
il n’y a plus de CPT juridiquement existant,
donc plus de mécanisme de remplacement interne possible.
Parler de dysfonctionnement après la fin du mandat est un non-sens juridique.
Laurent Saint-Cyr : un transfert de pouvoir sans base légale
La question centrale demeure :
de quelle autorité légale Laurent Saint-Cyr dispose-t-il, en fin de mandat, pour transférer la charge du pays au Premier ministre et à son gouvernement ?
La réponse est brutale : d’aucune.
Un organe arrivé à expiration, ayant failli à ses missions, ne dispose :
- ni de légitimité morale,
- ni de capacité juridique,
pour organiser un quelconque transfert de pouvoir.
Cet acte est donc nul, et ceux qui s’en prévalent gouvernent désormais hors droit.
Le Premier ministre et son gouvernement : caducs et démissionnaires de fait
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et son gouvernement sont une émanation directe du CPT.
Ils n’existent politiquement que parce que le CPT existait.
Quand l’organe générateur devient caduc,
le pouvoir qu’il a engendré devient caduc à son tour.
Depuis le 7 février 2026 :
- le gouvernement est démissionnaire de fait,
- il est limité à la gestion des affaires courantes,
- il ne peut engager l’État haïtien.
Toutes les décisions prises au-delà de ce cadre sont nulles et non avenues, même si elles sont applaudies par certaines ambassades ou validées par des intérêts économiques.
Le rôle trouble du secteur des affaires et de la communauté internationale
Il faut oser le dire :
une partie du secteur des affaires et de la communauté internationale préfère l’illégalité à l’incertitude démocratique.
Pourquoi ?
Parce qu’un pouvoir faible, illégitime et dépendant est plus facile à influencer qu’un État refondé sur une base populaire et souveraine.
Les articles 149 et 28.1 sont devenus des paravents juridiques pour maintenir un ordre profitable à quelques-uns, mais destructeur pour la nation.
Haïti sous un pouvoir de fait : un danger majeur
Ce qui se joue aujourd’hui est grave :
la normalisation d’un pouvoir de fait, sans mandat, sans légitimité, sans horizon.
C’est une bombe à retardement politique et sociale.
Aucun pays ne se reconstruit durablement sur la négation du droit et de la souveraineté populaire.
Quelle issue? La Conférence Nationale Haïtienne Souveraine
La seule voie responsable est celle de la rupture.
Il fallait :
- constater officiellement la fin du mandat du CPT,
- reconnaître l’échec,
- engager un dialogue national réel.
Ce dialogue ne peut être un énième marchandage de postes.
Il doit prendre la forme d’une Conférence Nationale Haïtienne Souveraine, telle que prônée par feu le Dr Turneb Delpé.
Une conférence pour :
- refonder l’État,
- redéfinir le contrat social,
- sortir définitivement du cycle des transitions stériles. Conclusion : assez d’alibis, place à la vérité
Haïti n’a plus besoin d’articles manipulés.
Elle a besoin de courage politique, de vérité et de refondation.
Le 7 février 2026 devrait être le point final de l’imposture,
et le point de départ d’un nouveau projet national, porté par le peuple haïtien lui-même, la Conférence Nationale Haïtienne Souveraine.
Dr Harrisson Ernest
Ancien Directeur général de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH) –
Analyste des questions de gouvernance, de médias publics, de politiques institutionnelles – Analyste politique et commentateur sur les questions de sécurité et d’identité de la diaspora haïtienne – Présentateur de l’émission TRIBUNAL DU SOIR sur LAVI FM – Médecin, psychiatre, communicateur social et juriste
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