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Haïti — Canapé-Vert : « Komandan Samuel » — Policier, leader politique ou chef de gang ?

Par Dr Harrisson Ernest – Massachusetts, 12 janvier 2026

Dans le quartier de Canapé-Vert, à l’est de Port-au-Prince, une figure singulière a émergé au cours de l’année 2025 : Samuel Joasil, plus connu sous le surnom de « Komandan Samuel », ancien agent de sécurité du ministre Joiseus Nader sous la Présidence de Jovenel Moise. Alors que la violence gangrène de vastes zones urbaines du pays, Canapé-Vert s’est vu imposer comme un bastion de résistance, porté en partie par la présence de Samuel. Mais la question centrale demeure : qui est-il réellement ?

Un policier rattaché à l’USGPN

Selon une analyse de la crise haïtienne publiée par un institut international de suivi des zones de conflit, Samuel Joasil était membre de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National (USGPN), une unité spéciale de la Police nationale d’Haïti (PNH). Cependant, il n’est pas décrit comme policier, mais plutôt comme l’un des nombreux chefs de brigades locaux qui sont ou ont été des policiers actifs ou hors service ; Canapé-Vert en compte plusieurs non contrôlés par l’Etat haitien, et celle dirigée par Samuel est l’une des plus importantes.
Dans cette lecture, Samuel n’est pas uniquement un civil armé : il s’intègre dans une dynamique où des policiers, actifs, retraités ou révoqués pour divers crimes, prennent une place essentielle dans des brigades de défense locales — souvent à l’interface entre forces de l’ordre et communautés civiles.

Un leader de brigade en route pour devenir un potentiel de gang traditionnel

Sur le terrain, Samuel est perçu comme le principal coordinateur de la défense armée de Canapé-Vert contre les gangs « Viv Ansanm » : il mobilise des brigades d’autodéfense locales, organise des tours de garde et intervient lors de menaces directes des groupes criminels. Des médias locaux et des résidents le décrivent comme une figure de leadership communautaire, souvent présent lors d’actions collectives, de manifestations contre l’insécurité ou de négociations informelles avec d’autres acteurs armés de tout type et suspects.
Les brigades qu’il commande ne s’assimilent pas toutefois, à date, à un gang criminel structuré, comme ceux contrôlant la majeure partie de Port-au-Prince, mais plutôt à des groupes de vigilance communautaire qui coopèrent parfois avec la police ou fonctionnent en parallèle faute de présence policière.

Ni simple chef de gang, ni politicien classique

Loin des chefs de gangs qui dominent plusieurs quartiers de la capitale (et qui sont souvent formels, hiérarchisés et impliqués dans extorsion, kidnappings ou trafic), Samuel n’est pas encore officiellement listé comme un leader criminel, ni accusé par des autorités internationales de liens directs avec des réseaux criminels majeurs.
En revanche, son rôle dépasse celui d’un policier en uniforme : il est devenu une autorité imposée (et parfois contestée) localement, capable de mobiliser des civils armés non documentés par les autorités constituées de l’Etat, juger les residents de Canapé-Vert en conflit et décider des condamnations appropriées, d’organiser des manifestations politiques, tenir publiquement des discours haineux, manipuler des foules contre des personnalités prises pour adversaires idéologiques, renforcer le clivage social et aussi représenter une forme de pouvoir alternatif dans une zone où l’État peine à imposer sa présence.
Certains observateurs ont également noté que des acteurs politiques ou relais institutionnels — notamment au sein du gouvernement ou du Conseil présidentiel de transition — ont cherché à influencer ou encadrer ces brigades, suggérant que des liens politiques indirects existent. Toutefois, cela ne signifie pas que Samuel soit un leader politique formellement élu ou mandaté par une formation politique reconnue, en dépit de ses activités politiques précédentes au sein d’un groupe mafieux dénommé  » DU SANG NEUF » dirigé de concert avec Pierre Espérance, Rudy Thomas Sanon, Youri Chevry, Nenel Cassy…

L’interprétation actuelle

Sur la base des éléments disponibles :

  • Statut administratif : Samuel est un policier lié à l’USGPN au moins à un moment de sa carrière.
  • Rôle de terrain : il est le chef de la brigade d’autodéfense de Canapé-Vert, jouant un rôle clé dans la coordination locale contre les gangs.
  • Leader politique ou chef de gang ? : il ne parait être ni un chef de gang criminel traditionnel, ni un leader politique élu, mais une figure locale hybride : un acteur de sécurité communautaire avec antécédents policiers et influence sociale significative dans un contexte confus, fragile où l’État, la PNH  et le FADH affichent un déficit total de contrôle effectif.

Ce statut intermédiaire illustre l’un des aspects les plus complexes de la crise haïtienne : des forces de sécurité étatiques qui, faute de capacité institutionnelle solide, se fondent avec des structures de pouvoir locales, générant des leaders fortement armés illégalement et influents mais hors des cadres classiques de l’État ou des gangs criminels structurés.

Tout au moins, il se révélerait que Komandan Samuel ne serait plus policier actif puisqu’il est hors contrôle de l’IGPN et de la DGPN qui sont impuissantes à le convoquer, selon le Secrétaire d’Etat à la Sécurité Publique, Mario Andresol. D’où, certaines questions fondammentales et douloureuses projetant un avenir compromettant et extrêmement sombre de la Police Nationale d’Haïti : A quoi sert la Direction des Ressources Humaines de l’institution? la PNH, le MJSP et le MICT, ont-ils les informations détaillées sur la quantité d’armes illégales et autres matériels de combat détenue par Komandan Samuel et ses bandes ? Qui finance les activités et opérations? 
Autant d’interrogations légitime qui méritent des réponses urgentes des autorités concernés afin de prévenir l’accouchement de toute nouvelle structure de gangs à Canapé-Vert (« DU SANG NEUF »), parallèlement aux montres efforts dits déployer ces derniers jours par les forces de l’ordre pour combattre les gangs VIV ANSANM, récupérer les armes illégales, interpeller les bandits, ouvrir les grands axes à la circulation, et rétablir la vie democratique en Haïti.

Harrisson Ernest
Ancien Directeur général de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH)
Analyste des questions de gouvernance, de médias publics, de politiques institutionnelles – Analyste politique et commentateur sur les questions de sécurité et d’identité de la diaspora haïtienne – Présentateur de l’émission TRIBUNAL DU SOIR – Médecin, psychiatre, communicateur social et juriste
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