Par Dr Harrisson Ernest – 13 novembre 2025
Boston / Massachusetts
Depuis plus de quarante ans, les mêmes voix résonnent dans nos radios et nos télévisions, imposées chaque jour aux tympans d’un peuple fatigué. Les émissions changent de nom, les plateaux se modernisent, mais les invités restent les mêmes — anciens ministres, directeurs généraux et maires, ex-candidats, les présumés corrompus des gouvernements passés, chroniqueurs autoproclamés experts de tout et de rien. Cette permanence traduit moins une stabilité qu’un enfermement : celui d’un espace médiatique figé, incapable de se renouveler.
Pourtant, le rôle des médias dans une démocratie est d’ouvrir le débat, d’élargir les perspectives, de donner la parole à ceux qu’on n’entend pas facile ou jamais. En Haïti, c’est souvent l’inverse : les micros deviennent des bastions où se rejoue, jour après jour, la même pièce d’un théâtre politique épuisé. Les jeunes, les femmes, les acteurs communautaires, les entrepreneurs sociaux ou les chercheurs émergents y sont absents ou relégués à des segments anecdotiques. La science, la compétence et la conscience ne font pas partie des caractéristiques retenues pour avoir accès aux débats médiatiques.
Cette répétition des voix entraîne une répétition des idées. Comment espérer un renouvellement politique, une pensée critique ou une vision d’avenir, si le débat public demeure monopolisé par les mêmes figures depuis les années 1980 ? Ce n’est pas la jeunesse qui manque, ni les talents — c’est la volonté de leur faire place. Les médias préfèrent la sécurité des visages connus aux bourses pleines qu’à la fraîcheur du changement.
L’ironie, c’est que ces mêmes micros diffusent, à longueur d’antenne, de beaux discours sur la nécessité de tendre la main à la jeunesse. Mais dans la pratique, les « mains tendues » ne franchissent jamais le seuil des studios. On préfère inviter encore et encore les gardiens d’un ordre ancien, ceux qui maîtrisent les codes du bavardage politique, plutôt que ceux qui bâtissent, innovent ou réinventent le pays à l’ombre des projecteurs.
Les patrons de médias, les directeurs d’opinions, les journalistes, comprennent-ils que le renouvellement des voix médiatiques n’est pas une question de mode, mais une exigence démocratique. L’avenir d’Haïti ne se jouera pas dans les débats d’hier. Il se jouera dans la capacité à écouter ceux qui n’ont pas encore eu la parole, et ceux à qui ils violent la liberté d’expression — les jeunes professeurs, les artistes engagés, les penseurs ruraux, les innovateurs, les citoyennes ordinaires qui portent, sans micro, le poids du réel.
Tant que nos médias ne comprendront pas cela, le pays restera enfermé dans l’écho fatigué de ses vieilles voix. Ils continueront à porter, aux yeux du peuple haitien, le lourd fardeau d’une Haiti déchirée, divisée, faillie ou la seule priorité reste la course aux billets verts. Alors, la corruption souvent dénoncée chez les autres, n’y est-elle pas de la partie?
— Dr Harrisson Ernest,
Analyste politique et commentateur sur la gouvernance, la sécurité et l’identité de la diaspora haïtienne
Médecin, psychiatre, communicateur social et juriste
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