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Passage de l’ouragan Melissa : les Haïtiens sous la protection divine ou la protection civile ?

Par Dr Harrisson Ernest – 30 octobre 2025
Boston / Massachusetts

Alors que l’ouragan Melissa a frôlé les côtes haïtiennes dans la nuit de mardi à mercredi, provoquant d’importantes pluies et des vents violents, la population s’est une fois de plus retrouvée partagée entre deux réflexes : prier pour la protection divine et attendre la réaction des autorités.
Sur les réseaux sociaux comme dans les églises, beaucoup de voix ont appelé à la foi. Mais sur le terrain, les réalités rappellent brutalement l’insuffisance des mécanismes institutionnels de prévention et de réponse aux urgences.

Des institutions fragiles face à la tempête

En Haïti, la Protection civile reste la première ligne officielle de défense en cas de catastrophe naturelle. Pourtant, malgré les efforts et quelques progrès récents, le système demeure chroniquement sous-financé, mal équipé et peu coordonné.

Dans plusieurs départements, les centres d’hébergement annoncés sont restés fermés ou inaccessibles. Des maires, livrés à eux-mêmes, ont dû improviser des abris dans des écoles ou des églises, souvent sans matériel ni personnel qualifié.
« Nous faisons ce que nous pouvons, mais nous n’avons pas de moyens », confie un responsable local du Sud, contacté par téléphone.

Pendant ce temps, la Direction de la protection civile (DPC) diffusait des alertes via les médias et les réseaux sociaux, exhortant la population à la prudence. Mais ces messages n’atteignent qu’une fraction des habitants, surtout en milieu rural, où l’information ne circule pas et où les radios communautaires sont souvent hors service en période de crise.

La foi comme dernier refuge

Face à cette faiblesse de l’État, la spiritualité haïtienne demeure un puissant refuge psychologique.
Dans de nombreuses localités, des cultes de prière ont été organisés pour demander la protection divine.
« C’est Dieu qui contrôle les vents », répètent nombre de fidèles, convaincus que la foi est une arme plus puissante que les institutions humaines.

Cette dimension spirituelle, profondément enracinée dans la culture haïtienne, ne peut être ignorée. Elle témoigne d’une résilience populaire admirable, mais elle traduit aussi une forme d’abandon collectif, lorsque la prière devient la seule réponse possible à la peur et à l’impréparation.

Un éternel recommencement

Depuis le séisme de 2010, les ouragans Matthew (2016), Laura (2020) et désormais Melissa rappellent la même leçon : Haïti reste extrêmement vulnérable .
Malgré des dizaines de projets internationaux, de formations et de plans d’urgence, le pays n’a toujours pas mis en place une stratégie durable de prévention :

les cartes de risques sont rarement mises à jour ;

les zones à évacuer ne sont pas clairement identifiées ;

et les moyens de communication d’urgence demeurent rudimentaires.

Le constat est récurrent : chaque catastrophe ramène le pays à zéro .

Bref, l’ouragan Melissa n’aura pas été le plus dévastateur, mais il pose une fois encore une question fondamentale : jusqu’à quand les Haïtiens devront-ils compter sur la protection divine faute d’une véritable protection civile ?

Si la foi reste un pilier moral et culturel, elle ne saurait remplacer les politiques publiques, la planification urbaine et la préparation communautaire .
Face à des phénomènes climatiques de plus en plus violents, Haïti doit urgemment passer de la prière à la prévention, de la résignation à l’action .
Sans cela, chaque saison cyclonique continuera de transformer la Providence en politique nationale.

Dr Harrisson Ernest
Médecin / Psychiatre / Communicateur social / Journaliste / Juriste
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📧 harrisson2ernest@gmail.com

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