Fritz Alphonse Jean, né le 22 avril 1956 au Cap-Haïtien est économiste de profession et écrivain. Il a occupé le poste de Gouverneur de la Banque centrale de la république d’Haïti de 1998 à 2001. Il est Membre du parti Unité patriotique. Il a été également Premier ministre désigné du 26 février au 28 mars 2016. Par des manœuvres frauduleuses, le 30 janvier 2022, il était choisi comme Président Provisoire d’Haïti face à Edgard Leblanc Fils par les associations politiques de l’Accord de Montana], mais sa nomination avait été contestée et non reconnue par le Gouvernement d’Ariel Henry.
En avril 2024, il est désigné membre du Conseil présidentiel de transition, et candidat à la présidence tournante dudit Conseil, qu’il a assumé à partir du 7 mars 2025. Fritz Alphonse Jean a juré de ne jamais plier l’échine devant la tutelle de la communauté internationale, tandis qu’il a été à la Jamaïque comme président du Conseil Présidentiel de transition, où il siroté la champagne avec le Secrétaire d’Etat Américain et des dirigeants de la CARICOM. Quel camouflet pour Haïti ?
Fritz Jean est un écrivain soi-disant de la gauche socialiste, dénonçant sans relâche le néolibéralisme qui fait tant de mal au pays. Il prêchait la mauvaise gouvernance et dénonçait la corruption et la dilapidation des fonds publics dans des conférences à travers le pays. Encore mieux, il avait fondé dans le Nord un observatoire national des politiques publiques haïtiennes. Fritz Jean, manœuvrier maladroit, est devenu Président du CPT dans une transition de rupture qui est inspirée par l’équipe de Montana dont il est un trompeur patenté, un cupide économiste. Il s’est toujours présenté pendant plusieurs années comme un économiste progressiste qui agitait Marx et Engel. Mais, c’était au fond, un pseudo-socialiste corrompu parvenu à la tête du CPT. Et de plus, son échec est dû de par son comportement arriviste. Mais c’est un riche privilégié qui a exploité le système, or il tenait un discours antisystème pour amadouer la population. Alors que son pouvoir dépend du soutien extérieur pendant qu’il s’enrichit considérablement de par son statut de soi-disant dirigeant socialiste.
Fritz Jean, dans son discours fallacieux, avait déclaré « Il n’y a pas de volonté politique pour résoudre le problème de l’insécurité ; il y a sans doute de la complicité. C’est une honte en 2022 de solliciter des forces étrangères pour venir souiller le sol haïtien », disait-il, alors qu’il négociait plein de choses avec le Premier ministre Ariel Henry, sous les regards bienveillants des diplomates accrédités en Haïti. Il ne rate jamais une occasion, depuis qu’il est coordonnateur du CPT, d’aller féliciter les troupes étrangères sur le terrain. Il a rompu totalement le contact avec le secteur qui l’avait désigné, et ses camarades entendaient le forcer à rendre l’argent dit de l’intelligence qu’il avait empoché.
Ses discours, depuis qu’il est président du CPT, montre qu’il ne prend pas du tout pied dans la réalité. Sous son administration, plus d’un million de personnes sont déplacées. Les gens vivent dans les camps dans une promiscuité extrême où ils meurent de faim et exposés à toutes sortes de maladies, tandis que les neuf conseillers présidentiels s’enrichissent à merveille. Ils sont comparables aux mauvaises élites de n’importe quel autre pays du Tiers- Monde, parce qu’ils se comportent comme des gangsters qui utilisent le pouvoir de l’Etat à leur profit.
Utilisant un « budget de guerre » aux résultats incertains, Monsieur Fritz Alphonse Jean a donné l’impression de diriger la Présidence transitoire la plus effacée et improductive durant son mandat. Il a quitté la Présidence du CPT sans avoir laissé la moindre empreinte. D’ailleurs, lui qui fut jadis un critique féroce de nombreux gouvernements et nourrissait des ambitions présidentielles, n’entamait aucune action structurante, aucune initiative notable pour impulser un changement dans un contexte national marqué par l’insécurité et l’instabilité.
En matière de communication, le silence du Président-Coordonnateur a été assourdissant. Il ne cultivait aucun lien avec la presse que d’ailleurs il méprisait dans ses pratiques au CPT. Il paraissait indifférent aux cris de détresse d’une population meurtrie par l’insécurité. A l’occasion de la Fête du Drapeau, le 18 mai 2025, au lieu de tendre l’oreille aux doléances des enseignants et des citoyens venus protester au Cap-Haïtien, il s’était lancé dans une attaque verbale à leur encontre, ratant ainsi une occasion en or de se montrer à la hauteur de sa fonction.
Certes, depuis son arrivée à la tête du CPT, Fritz Jean n’était pas parvenu à faire fonctionner convenablement le Conseil des Ministres. En six mois de Présidence tournante, seulement trois conseils des ministres ont été organisés. L’homme de Sainte-Suzanne boycottait volontairement les conseils afin de préserver ses intérêts économiques, notamment à la douane, dont la tête du directeur, son protégé Julcène Edouard a été réclamée par au moins quatre autres conseillers.
De plus, par ses propos, le coordonnateur Fritz Jean a même assumé avoir lui-même bloqué la tenue du conseil des ministres. Car selon lui, cet espace n’était pas fait seulement pour nommer « des directeurs généraux incompétents » mais pour prendre des décisions importantes. Réagissant aux propos de Fritz Jean, un autre conseiller a affirmé que ce dernier n’avait pas dit la vérité sur sa réelle motivation, car lui, à la tête du conseil, a fait preuve d’une incompétence criante. Selon lui, le président n’organisait pas de conseil des ministres pour éviter que soient mises en question certaines des directions générales-clés qu’il a sous son contrôle.
En tant que coordonnateur du CPT, Fritz Jean devrait plutôt faire preuve de leadership et s’arranger pour avoir la possibilité de diriger et prendre des décisions qui s’imposaient. Sinon, il n’aurait dû que rendre son tablier. Il n’est pas payé pour constater et dénoncer comme s’il était un opposant à son propre pouvoir. Toutefois, était-il conscient qu’il a été victime d’un coup d’Etat administratif au point qu’il n’arrivait à organiser qu’un seul conseil de Ministres, espace où l’on prend les grandes décisions de l’Etat.
Aussi, Fritz Jean qui se présentait en modèle au CPT, n’exercerait-il pas un contrôle étendu sur les finances publiques à travers quelqu’un présenté comme son bras droit en affaires, l’actuel directeur de la douane ? Toutefois, certains disent qu’il contrôlerait des institutions stratégiques comme la Banque de la République d’Haïti (BRH), la Banque Nationale de Crédit (BNC), le Programme National de Cantines Scolaires (PNCS), l’Autorité Portuaire Nationale (APN), la DGI ainsi que le Ministère de l’Éducation nationale. Au Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP), ce sont les compagnies sous la coupole de son ami qui accaparait tous les contrats juteux. Il commandait aussi pratiquement toutes les douanes du pays: matériels informatiques, papiers, encres, meubles, etc.…
Des accusations de corruption viendraient également ternir son image qu’il a voulu garder intacte dans l’opinion publique. Des sources, dont son ancien compagnon de lutte Hugues Célestin, l’’auraient accusé d’avoir détourné les 400 millions de gourdes débloquées pour les festivités du 18 mai 2025 via des compagnies fictives proches de son entourage. L’ancien député Hugues Célestin, un ami de longue date de Fritz Jean, n’a pas mâché ses mots, le qualifiant de « corrompu, fourbe » et exprimant sa profonde déception face à celui qui, disait-il, renie aujourd’hui les principes qu’il défendait autrefois avec vigueur.
Ainsi donc, Fritz Jean a déçu la population ou du moins ceux qui croyaient en lui comme un réformateur aguerri. Il mettait l’ensemble du processus de transition en péril. Le représentant du secteur privé des affaires Laurent Saint Cyr qui a pris les rênes de la dernière phase de la transition, pourra-t-il faire mieux que la gestion de son prédécesseur, laquelle a été caractérisée par l’immobilisme? A quelques mois de l’échéance cruciale, rien ne laisse présager une élection présidentielle dans le temps imparti, en dépit des promesses de l’équipe au pouvoir. Plus d’un an après, il est clair que le CPT n’a pas tenu sa promesse et n’a non plus rempli sa mission qui était celle de rétablir la sécurité des vies et des biens. En seulement une année, le bilan est désastreux : plus de 5000 morts violentes, plus d’un million de déplacés internes, des centaines de cas de viols sans oublier les incendies criminels.
Et pour cause l’homme de sainte –Suzane n’a pas assisté à l’éviction du directeur général de la PNH Rameau Normil son protégé qui a été totalement controversé et discrédité pour n’avoir pas donné de résultat. Aussi faut-il préciser que durant le mandat de l’économiste Fritz Alphonse Jean, le CPT n’a réussi à organiser que trois conseils des ministres. L’ex-Gouverneur de la Banque Centrale, ancien Président de la Chambre de Commerce du Nord-Est, qui bénéficiait jusque-là d’une opinion plutôt favorable au sein de la société haïtienne, est finalement sorti par la petite porte, sans bilan.
Comment un intellectuel haïtien de la trempe de Fritz Alphonse Jean n’arrive –t-il pas à mettre ses expertises techniques au service de l’Etat ? Tandis que son ouvrage ‘’La capture de l’Etat’’, fait se révéler les contradictions profondes d’un dirigeant incapable de transformer ses compétences en une gouvernance efficace.
A quoi servent ses divers parcours, de l’Université américaine aux couloirs du pouvoir de Jean-Bertrand Aristide ? Une tragédie, il est perçu comme un homme déconnecté de la réalité nationale. Sa gestion à la tête du CPT est une catastrophe, tant par sa gestion opaque que par la mauvaise utilisation des ressources publiques. Son aveu d’impuissance, pour se justifier face aux critiques de la population, fait preuve d’un démagogue endurci, un bluffeur de mauvais acabit traduisant sa stratégie de capture étatique qu’il a cautionnée durant son passage à la gouvernance de l’Etat. Cependant, la colère populaire à l’endroit de Fritz Alphonse Jean vise l’ensemble des élites intellectuelles qui ne tolèrent pas de compromis politiques dans un système défaillant et du même coup ne comprennent pas que la politique est un jeu d’alliance et de compromis. Du reste, pourquoi les élites intellectuelles haïtiennes ont-elles du mal à transformer leurs compétences en vue d’offrir en changement réel ? Cette contradiction ne traduit-elle pas l’impasse dans laquelle se trouve l’intelligentsia haïtienne ?
Jean Hector Anacacis, ancien Sénateur de la République d’Haïti






