Par Dr Harrisson Ernest –
Massachusetts, 11 janvier 2026
Dans une Haïti où l’État se délite, où la peur circule plus vite que l’électricité et où la vérité peine à survivre à la rumeur, certaines figures émergent non pas par leur vision, mais par leur vacarme. Rudy Thomas Sanon appartient à cette catégorie trouble : celle des êtres qui parlent beaucoup d’eux-mêmes parce qu’ils n’ont jamais vraiment existé ailleurs que dans leur propre miroir.
Obsédé et compulsif, Rudy Thomas Sanon est l’homme d’une quête sans repos — une quête d’identité bâtie sur du sable. Son passé est maigre, presque inexistant, trop faible pour fonder une légitimité. Alors il compense. Il s’invente, s’exagère, se met en scène. Son présent devient une vitrine narcissique où chaque mot, chaque posture, chaque prise de parole vise moins à comprendre le monde qu’à s’y imposer artificiellement.
Il ne cherche pas la vérité : il cherche le reflet.
Dans une société haïtienne déjà blessée par l’effondrement des repères, ce type de personnalité est plus qu’un symptôme : il est un danger. Car l’obsession du moi se substitue au souci du bien commun. La parole publique, au lieu d’éclairer, devient un théâtre. L’analyse se transforme en performance. La politique se mue en ego.
Rudy Thomas Sanon ne débat pas : il occupe.
Il n’argumente pas : il impose.
Il ne construit pas : il compense.
Sa violence n’est pas seulement verbale, elle est symbolique. En saturant l’espace médiatique de sa personne, il empêche l’émergence d’une réflexion collective. Il transforme les tragédies nationales en décors pour sa propre dramaturgie. Chaque crise devient pour lui une opportunité de se montrer, chaque chaos un tremplin pour exister.
Or Haïti n’a plus besoin de personnages. Elle a besoin de responsabilités.
Le plus inquiétant n’est pas tant Rudy Thomas Sanon lui-même que ce qu’il révèle : une société où le vide identitaire produit des gourous, des polémistes et des prophètes de pacotille. Là où l’école et l’université s’effondrent, où l’État est absent et où la misère écrase les consciences, le narcissisme devient une stratégie de survie. Certains crient leur nom pour se créer une place (des sports à la politique) ou tout simplement pour ne pas disparaître.
Mais ce cri a un coût.
Il alimente la polarisation, remplace la pensée par l’invective, et détourne l’attention des véritables urgences : sécurité, justice, dignité. Le public finit par confondre bruit et importance, agressivité et leadership, exhibition et courage.
Rudy Thomas Sanon est ainsi moins un homme qu’un produit de notre époque : celle d’une Haïti où l’identité se fabrique à coups de slogans, où la visibilité vaut plus que la vérité, et où le narcissisme prospère sur les ruines de la République et sur le sang des pauvres des quartiers populaires.
La question demeure, brutale et nécessaire :
à quel prix une société peut-elle tolérer que des égos blessés, comme celui de Rudy Thomas Sanon, occupent la place que devrait prendre le destin collectif ? Est-ce que ça dérange ?
Dr Harrisson Ernest
Ancien Directeur général de la Radio Télévision Nationale d’Haïti (RTNH)
Analyste des questions de gouvernance, de médias publics, de politiques institutionnelles – Analyste politique et commentateur sur les questions de sécurité et d’identité de la diaspora haïtienne – Présentateur de l’émission TRIBUNAL DU SOIR – Médecin, psychiatre, communicateur social et juriste
📧 harrisson2ernest@gmail.com
📞 +1 781 885 4918 | +509 3401 6837




