Par Dr Harrisson Ernest – 14 décembr 2025
Vingt-quatre ans après sa création, l’ Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) s’interroge sur son rôle et son impact dans un paysage médiatique profondément bouleversé. Fondée en 2001 pour représenter les entreprises de presse les plus structurées du pays, l’ANMH se retrouve aujourd’hui face à une question essentielle : a-t-elle encore le poids nécessaire pour défendre la liberté de la presse et accompagner la transformation du secteur ?
Un regroupement né d’un besoin de structuration
Au début des années 2000, l’ANMH s’était donné plusieurs missions :
- rassembler les médias établis ;
- porter la voix des entreprises de presse ;
- défendre la liberté d’expression ;
- établir des standards professionnels dans un secteur très dispersé ;
- jouer le rôle d’interlocuteur auprès de l’État et des institutions internationales.
Pendant longtemps, l’association a occupé cet espace. Ses sorties publiques ont souvent pesé dans les débats nationaux : régulation des ondes, modernisation technique, pression politique, violences contre les journalistes.
Des acquis réels… mais une influence affaiblie
L’ANMH a contribué à :
- faire de la liberté de la presse une cause nationale ;
- sensibiliser la communauté internationale sur les risques encourus par les journalistes haïtiens ;
- promouvoir des pratiques professionnelles plus exigeantes dans certaines rédactions ;
- défendre les médias face aux tentatives d’ingérence de différents gouvernements.
Cependant, depuis une décennie, son influence s’est progressivement érodée.
Le secteur médiatique a explosé dans toutes les directions : radios communautaires, émissions-opinions omniprésentes, plateformes numériques, lives spontanés, contenus viraux souvent non vérifiés. Cette transformation s’est faite sans régulation, sans mécanismes communs de contrôle de qualité – et souvent sans la participation active de l’ANMH.
Une incapacité à répondre à la crise du secteur
L’association doit faire face à plusieurs critiques récurrentes :
- faible capacité d’autorégulation ;
- absence d’un véritable conseil de déontologie ;
- manque de leadership collectif entre propriétaires de médias ;
- inaction face à la dérive du discours public, marqué par la désinformation, la violence verbale, la destruction de caractères d’honnêtes gens et même la contribution active à l’assassinat physique (le cas du Président Jovenel Moïse);
- peu d’initiatives concrètes pour la sécurité des journalistes, alors même que les risques explosent.
Pour beaucoup d’observateurs, l’ANMH semble avoir été dépassée par les mutations de la communication contemporaine et par la fragilisation économique des médias traditionnels.
Une utilité toujours réelle, mais conditionnelle
Malgré ses limites, l’ANMH reste l’un des rares espaces organisés capables de :
- dialoguer avec l’État sur les réformes nécessaires (numérique, propriété intellectuelle, normes de diffusion) ;
- représenter la presse haïtienne auprès des partenaires internationaux ;
- plaider pour une meilleure protection des travailleurs de l’information ;
- participer à la refondation d’un espace public miné par les rumeurs et la polarisation.
Mais pour rester pertinente, l’association doit impérativement se réinventer.
Trois urgences pour une ANMH renouvelée
1- Intégrer les nouveaux acteurs du paysage médiatique, sans distinction entre radios FM, plateformes numériques et médias hybrides.
2- Mettre en place un mécanisme déontologique indépendant, crédible et respecté – même par les membres.
3- Devenir un acteur central de la sécurité des journalistes, en nouant des partenariats avec la PNH, les universités, la société civile et les organisations internationales.
À l’heure de l’effondrement, un rôle à redéfinir
Dans un pays où la violence limite la liberté de circuler et de couvrir l’actualité, où plusieurs salles de nouvelles fonctionnent désormais à distance, et où des journalistes quittent massivement le territoire, l’ANMH peut jouer un rôle décisif – si elle accepte d’actualiser sa mission.
Vingt-quatre ans après, l’enjeu n’est donc pas de savoir si l’ANMH est utile, mais si elle peut encore redevenir un acteur structurant dans un pays où l’information fiable est devenue un bien rare. Donc, ce contexte, un ancien président revenu en charge, pourra-t-il vraiment aider ANMH à changer de paradigme? Seul le subconscient de Richard Widmaier pourra en conclure!
— Dr Harrisson Ernest,
Analyste politique et commentateur sur la gouvernance, la sécurité et l’identité de la diaspora haïtienne _ Spécialiste des questions politiques haïtiennes _
Médecin, psychiatre, communicateur social et juriste
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